Les années d'apprentissage de la peinture

Publié par Fabienne Soubrenie/Ayana Créations

Je flâne dans les couloirs du Montparnasse, en tenue de travail médaillée de terre, les mains colorées, mouillées, je sors de l’atelier d’Evelyne, c’est la pause. En montant dans les étages, le plancher craque, et ça fleure bon la peinture et l’essence de térébenthine.

 

L’envie d’apprendre, toujours et encore, pas d’envolée lyrique, mais une authenticité qui remplit l’espace.

 

La porte est entrouverte chez Odile, je reste sur le palier. Chut, on ne dérange pas les ateliers.

 

Mon œil est attiré avec une curiosité affûtée, mon odorat s’enivre, vivement que je puisse venir voir.

 

Depuis quelques jours les ateliers s’agitent. Qui a l’aval du maître pour exposer? Quoi? Comment ? Les fourmis à l’œuvre grouillent de partout, on monte, démonte, place, déplace. Bref, on s’organise. La bonne humeur, l’enthousiasme, l’excitation nous envahissent tous. Se confronter aux premiers regards, aux questions, c’est pour moi une première. Mais je n’en suis pas là, ce sera … L’atelier est petit, alors je m’atèle à la tâche avec mes compères.

 

Nous décidons de nous retirer un moment, allez voir les autres, aider, pour mieux revenir avec un œil éclairé. Ça discute dans tous les sens et ça s’agite aussi. Nous devons faire au mieux. Et c’est l’occasion rêvée d’aller « franchir la porte ».  C’est chose faite, je suis intimidée mais Odile m’accueille chaleureusement et m’explique les cours qu’elle donne. Je demande si je peux regarder, fascinée.

 

Les cours ont repris pour une nouvelle année, et je suis comme une enfant, émerveillée, prête à tout apprendre. J’ai avec moi le matériel de base que l’on nous a indiqué lors de l’inscription. Le choix des sujets est réaliste, nous sommes en dessin documentaire. En voilà un qui est peu glamour, compliqué et dirons-nous dédaigné de la majorité. Tout à fait pour moi ! Et c’est parti pour les oignons avec les mines de plomb !

 

Il est temps de passer à autre chose, et comme à mon habitude, je choisis la difficulté dans le sujet. C’est là où je peux le mieux et le plus apprendre. C’est décidé, le tisserin se construira sur ma feuille. Je vois aux regards de mes camarades, qu’ils pensent tous que je suis fada (peut-être un peu) et que je vais avoir du mal à me tirer de là. Ils ont les yeux écarquillés et la bouche béante. Qu’à cela ne tienne, je persiste et signe. Le résultat a eu sa place à l’exposition des journées portes ouvertes.

 

Odile me propose de passer à la peinture à l’huile mais je lui demande une étape par le lavis. Dans les pas des maîtres, j’ai envie de suivre ce parcours qui pour moi est essentiel. Elle n’est pas très enthousiaste mais je lui explique que je connais la technique chinoise mais pas l’occidentale, et c’est donc important pour moi de l’apprendre, d’avoir ce complément. Convaincue, nous cherchons ensembles quelques sujets…Bien difficiles!  Un dessin du XVIème pour commencer, avec toute la technique du drapé et de la suggestion, s’enchaîne une sculpture bouddhiste, puis la copie version lavis d’une reproduction photographique d’un tigre. Un trio, un challenge que j’ai adoré avant de prendre pour la 1ère fois les pinceaux.

 

Je ne sais pas quoi faire, quoi choisir. Odile, avec finesse et patience, me montre divers sujets bien…Comme vous vous en doutez ! J’avoue que cela ne me fait pas vibrer, je suis plutôt attirée vers des sujets se rapportant à la nature. Mais elle persiste et me dit que je peux le faire. Elle en est tellement certaine. Moi pas, je grimace. Je finis par en sélectionner un. Je pense qu’il peut m’apprendre beaucoup en un premier tableau, cela ne va pas être facile mais après tout…

 

Il est accroché au Louvre, sorti des archives des collections. C’est donc le moment d’aller le voir, en vrai, histoire de comprendre la folie qui m’a prise, oui la folie.  Je reviens au cours à l’atelier et je lui dis que c’est complètement dingue de vouloir faire ça. Dingue ça me connaît, mais tout de même ! Un maître du genre ! Ce n’est que pure folie, et là mes camarades et moi sommes d’accord !

 

Peu importe, le défi est lancé pour ma première toile. Vaille que vaille, Marie de Senonnes deviendra mienne. Avec humilité, je rends hommage au grand maître Jean-Auguste-Dominique Ingres que j’ai pâlement essayé d’imiter mais qui par ses œuvres m’a beaucoup appris. Merci.

 

 

                                                                                                  FSoubrenie

Les années d'apprentissage-FSoubrenie

Les années d'apprentissage-FSoubrenie

Copie personnelle de Marie de Senonnes-1ère huile-les années d'apprentissage-FSoubrenie

Copie personnelle de Marie de Senonnes-1ère huile-les années d'apprentissage-FSoubrenie

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